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Le dalaï-lama, le 10 mars 2008
à Dharamsala.
AFP/MANAN
VATSYAYANA
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Plaidoyer pour la " voie du milieu
" Le Monde - 9/04/2008 Depuis le
10 mars, nous assistons à des manifestations et à des protestations dans
presque toutes les régions du Tibet, et même à des mouvements
d'étudiants dans certaines agglomérations chinoises. Ces explosions de
colère sont le résultat de l'angoisse mentale et physique des Tibétains
depuis trop longtemps refoulée et du profond ressentiment qu'ils
éprouvent face à la négation des droits du peuple tibétain, l'absence de
liberté religieuse et la distorsion systématique de la vérité de la part
des autorités chinoises. Je suis attristé et préoccupé que
l'on utilise des armes pour réprimer les manifestations pacifiques du
peuple tibétain, occasionnant de nombreux morts, blessés et
arrestations. Aussi tragiques que regrettables, cette répression et ces
souffrances ne peuvent qu'arracher des larmes de compassion à toute
personne sensible. Je me sens toutefois impuissant face à ces tragiques
incidents. Je prie pour tous les Tibétains, mais aussi pour tous les
Chinois qui ont perdu la vie dans la crise actuelle. Les
protestations récentes dans l'ensemble du Tibet contredisent la
propagande de la République populaire de Chine selon laquelle, hormis
une poignée de "réactionnaires", la majorité des Tibétains jouissent
d'une existence prospère et satisfaisante. Ces protestations ont montré
à l'évidence que les Tibétains des trois provinces du Tibet – l'U-Tsang,
le Kham et l'Amdo – entretiennent les mêmes aspirations et les mêmes
espoirs. Ces protestations ont également fait savoir au monde entier que
le problème du Tibet ne peut plus longtemps être
ignoré. Elles montrent qu'il faut trouver un moyen de
régler le problème en "parvenant à la vérité à partir des faits". Il
convient de souligner la bravoure et la détermination des Tibétains qui
ont, dans l'intérêt de leur peuple et au risque de leur vie, fait part
de leur profonde angoisse et exprimé leurs espoirs. La communauté
mondiale a d'ailleurs reconnu et soutenu leur action
courageuse. J'apprécie l'attitude de nombreux
fonctionnaires et cadres tibétains du Parti communiste qui, sans perdre
leur identité tibétaine, ont fait preuve de cran et de droiture au cours
de la crise actuelle. A l'avenir, j'en appellerai à ces cadres et
fonctionnaires tibétains du parti afin qu'au lieu de poursuivre leur
intérêt personnel, ils œuvrent à préserver l'intérêt général du Tibet en
transmettant à leurs supérieurs dans le parti les véritables sentiments
du peuple tibétain et en s'efforçant de le diriger de manière
objective. Des présidents,
premiers ministres, ministres des affaires étrangères, lauréats du prix
Nobel, parlementaires et citoyens concernés du monde entier adressent
aujourd'hui aux autorités chinoises des messages clairs et forts afin
qu'elles mettent un terme à la brutale répression qu'elles exercent à
l'encontre du peuple tibétain. Tous cherchent à convaincre le
gouvernement chinois d'emprunter une voie par laquelle une solution
mutuellement satisfaisante puisse être trouvée. Tenir à notre pratique
de la
non-violence
Nous devons
créer les conditions permettant à leurs efforts de déboucher sur des
résultats positifs. Je sais que l'on vous provoque par tous les moyens,
mais il est important de nous en tenir à notre pratique de la
non-violence. Les autorités chinoises ont lancé des
allégations mensongères à mon égard, m'accusant d'avoir provoqué et
orchestré les récents événements. Ces allégations sont infondées. J'ai
appelé à plusieurs reprises à la constitution d'un organisme
international indépendant et reconnu afin qu'une enquête minutieuse soit
menée sur cette question. Je suis persuadé qu'un tel organisme
indépendant saura faire surgir la vérité. Si la République populaire de
Chine dispose du moindre élément ou de la moindre preuve susceptible
d'étayer ses affirmations, elle doit les présenter au monde. Se
contenter d'allégations ne suffit pas. En ce qui concerne
l'avenir du Tibet, je suis déterminé à rechercher une solution dans le
cadre de la Chine. Depuis 1974, je suis resté sincèrement attaché à
l'approche de la "voie du milieu", la seule susceptible de nous être
mutuellement bénéfique. Le monde entier le sait. La "voie du milieu"
consiste en ce que les Tibétains soient gouvernés par une administration
qui jouisse d'une authentique autonomie régionale nationale avec toutes
les garanties afférentes, c'est-à-dire l'autoadministration et la pleine
capacité de décision, sauf en ce qui concerne les questions touchant aux
relations avec l'étranger et à la défense nationale. J'ai toutefois
toujours affirmé que ce sont les Tibétains vivant au Tibet qui, en
dernier ressort, auront le droit de décider de l'avenir du
Tibet. L'accueil des Jeux olympiques cette année est
l'objet d'une grande fierté pour le 1,2 milliard de Chinois. J'ai,
depuis le début, approuvé l'organisation de ces Jeux à Pékin. Ma
position sur cette question demeure inchangée. Je pense que les
Tibétains ne devraient en rien entraver le déroulement des Jeux. Il est
légitime que les Tibétains luttent pour leurs droits et leurs libertés
mais, d'un autre côté, il serait vain et inutile de faire quelque chose
qui suscite la haine dans l'esprit des Chinois. Au contraire, nous
devons renforcer la confiance et le respect dans nos cœurs afin de créer
une société harmonieuse, car nous n'y parviendrons pas par la force et
l'intimidation. Le combat que nous menons est dirigé contre
quelques individus au sein du gouvernement chinois, et non contre le
peuple chinois. Aussi, nous devons nous efforcer de ne jamais susciter
de malentendus ni faire quoi que ce soit qui puisse heurter le peuple
chinois. Même dans cette situation difficile, beaucoup d'intellectuels,
d'écrivains, de juristes chinois vivant en Chine ou dans d'autres
régions du monde ont sympathisé avec notre cause et nous ont fait part
de leur solidarité en publiant des déclarations, en écrivant des
articles et en nous exprimant un soutien qui nous va droit au
cœur. Si la situation actuelle au Tibet devait perdurer, je
crains beaucoup que le gouvernement chinois ne décide d'employer une
force encore plus brutale et d'accentuer la répression à l'encontre du
peuple tibétain. En raison de mes obligations morales et de ma
responsabilité à l'égard du peuple tibétain, j'ai demandé à de multiples
reprises à la Chine de mettre un terme à la répression dans toutes les
régions du Tibet et d'en retirer ses forces armées et sa police. Si mes
démarches devaient donner des résultats, je conseillerais également aux
Tibétains d'arrêter toutes les manifestations. Je voudrais
exhorter mes amis tibétains, qui vivent dans la liberté en dehors du
Tibet, à être très attentifs à la manière dont ils expriment ce qu'ils
ressentent sur les événements en cours au Tibet. Nous ne devons nous
engager dans aucune action qui puisse, de près ou de loin, être
interprétée comme une action violente. Même face aux provocations les
plus manifestes, nous ne devons pas laisser compromettre les précieuses
valeurs auxquelles nous sommes attachés. Je suis convaincu que nous
l'emporterons en continuant de suivre la voie de la non-violence. Nous
devons avoir l'intelligence de comprendre ce qui nous vaut l'amitié et
le soutien sans précédent dont nous bénéficions. Du fait
que le Tibet est pour l'instant presque hermétiquement clos, et qu'aucun
organe d'information international n'y est autorisé, je doute que mon
message parvienne aux Tibétains qui y vivent, mais j'espère que, grâce
aux médias et au bouche-à-oreille, une majorité d'entre vous en prendra
connaissance. Traduit de l'anglais par Gilles Berton © The Office of His
Holiness the Dalaï-Lama
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Appel au peuple chinois de Sa Sainteté le 14ème
Dalaï Lama
28 mars 2008
Redaction Tibet Info (JMB)
"Je salue aujourd’hui chaleureusement mes sœurs
et frères chinois du monde entier, et tout particulièrement ceux de la
République populaire de Chine. A la lumière des événements survenus
dernièrement au Tibet, j’aimerais vous faire part de mes réflexions sur
les relations entre le peuple tibétain et le peuple chinois, et lancer à
chacun d’entre vous un appel personnel.
Je suis profondément attristé par les pertes de
vies subies lors des derniers événements tragiques au Tibet et suis
conscient que des Chinois ont également trouvé la mort. Je compatis avec
les victimes et leurs familles, et je prie pour elles. Les troubles
récents démontrent nettement la gravité de la situation au Tibet ainsi
que l’urgence de trouver une solution pacifique et mutuellement
bénéfique par le dialogue. Même dans les circonstances actuelles,
j’exprime aux autorités chinoises ma volonté de travailler avec elles
pour établir la paix et la stabilité.
Sœurs et frères chinois, je vous assure que je
ne désire nullement la séparation du Tibet. Je ne souhaite pas non plus
enfoncer un coin entre Tibétains et Chinois. J’ai au contraire toujours
eu à cœur de trouver une véritable solution au problème du Tibet, qui
garantisse les intérêts à long terme des Chinois comme des Tibétains.
Comme je l’ai maintes fois répété, mon principal souci est d’assurer la
survie de la spécificité de la culture, de la langue et de l’identité du
peuple tibétain. En tant que simple moine qui s’efforce d’observer
chaque jour de sa vie les préceptes bouddhiques, je vous assure de la
sincérité de ma motivation.
J’appelle les dirigeants de la République
populaire de Chine à clairement comprendre ma position et à œuvrer au
règlement de ces problèmes en "recherchant la vérité dans les faits". Je
presse les dirigeants chinois de faire preuve de sagesse et d’entamer un
dialogue sérieux avec le peuple tibétain. Je les appelle aussi à
déployer des efforts sincères pour contribuer à la stabilité et à
l’harmonie de la République populaire de Chine et éviter de provoquer
des tensions inter-ethniques. La couverture des derniers événements au
Tibet par les médias publics chinois qui dénaturent la réalité et
induisent en erreur pourrait semer des graines de tensions ethniques et
avoir des conséquences imprévisibles à long terme. C’est pour moi un
grave sujet de préoccupation. De même, en dépit de mon soutien répété
aux Jeux olympiques de Beijing (Pékin), les autorités chinoises, dans le
but de creuser un fossé entre le peuple chinois et moi-même, affirment
que j’essaie de saboter les jeux. Il est toutefois encourageant pour moi
de constater que plusieurs intellectuels et universitaires chinois
expriment également les fortes préoccupations suscitées par les actions
des dirigeants chinois et les risques pouvant en découler à long terme,
notamment en matière de relations inter-ethniques.
Depuis des temps anciens, Tibétains et Chinois
vivent comme voisins. Durant les deux mille ans de l’histoire connue de
nos peuples, nous avons parfois entretenu des relations amicales,
contractant même des alliances matrimoniales, alors que d’autres fois,
nous nous sommes combattus. Le bouddhisme ayant cependant fleuri en
Chine avant d’arriver au Tibet par l’Inde, nous, Tibétains, avons
toujours accordé aux Chinois le respect et l’affection dus aux sœurs et
frères aînés en dharma. Les membres de la communauté chinoise vivant
hors de Chine le savent bien et certains d’entre eux ont participé à mes
conférences bouddhiques, tout comme le savent les pèlerins venant de
Chine continentale que j’ai eu le privilège de rencontrer. Ces
rencontres m’encouragent et je crois qu’elles peuvent contribuer à une
meilleure compréhension entre nos deux peuples.
Le vingtième siècle a été témoin de changements
considérables dans de nombreuses parties du monde et le Tibet, lui
aussi, a été entraîné dans ce mouvement. Peu après la création de la
République populaire de Chine en 1949, l’Armée de libération du peuple
pénétrait au Tibet, ce qui a finalement abouti à la conclusion de
l’Accord en 17 points entre la Chine et le Tibet en mai 1951. Lorsque
j’étais à Beijing en 1954-55, participant au Congrès national du peuple,
j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de hauts dirigeants, dont le
président Mao lui-même, et de nouer des liens personnels d’amitié avec
eux. De fait, le président Mao m’a donné des conseils sur plusieurs
questions, de même que des assurances personnelles sur l’avenir du
Tibet. Encouragé par ces assurances et inspiré par la ferveur de
nombreux dirigeants révolutionnaires chinois de cette époque, je suis
rentré au Tibet empli de confiance et d’optimisme. Certains membres du
parti communiste tibétain partageaient le même espoir. De retour à
Lhassa, j’ai tout mis en œuvre pour obtenir une véritable autonomie du
Tibet au sein de la famille de la République populaire de Chine (RPC).
J’estimais que c’était la meilleure façon de servir les intérêts à long
terme des peuples tibétain et chinois.
Malheureusement, des tensions, qui ont commencé
à monter au Tibet à partir de 1956 environ, ont finalement abouti au
soulèvement pacifique du 10 mars 1959 à Lhassa et à ma fuite en exil.
Même si nombre de changements bénéfiques se sont produits au Tibet sous
le régime de la République populaire de Chine, ces changements, comme
l’a souligné en janvier 1989 le précédent Panchen Lama, ont été
assombris par d’immenses souffrances et des destructions à grande
échelle. Les Tibétains devaient constamment vivre dans la peur, alors
que le gouvernement chinois continuait de se méfier d’eux. Toutefois, au
lieu de cultiver de l’animosité envers les dirigeants chinois
responsables de la dure répression du peuple tibétain, je priais pour
que nous devenions amis. C’est ce que j’exprimais dans ces quelques
lignes d’une prière écrite en 1960, un an après mon arrivée en Inde.
"Puissent-ils réaliser l’œil de la sagesse, savoir ce qui est à
accomplir et ce qui est à abandonner, et demeurer dans la gloire de
l’amitié et de l’amour". De nombreux Tibétains, parmi lesquels des
écoliers, récitent ces lignes dans leurs prières
quotidiennes.
En 1974, à la suite de graves discussions avec
mon cabinet, le Kashag, de même qu’avec le président et le
vice-président de l’Assemblée des députés du peuple tibétain, nous avons
décidé de trouver une voie médiane visant à ne pas séparer le Tibet de
la Chine, mais à favoriser le développement pacifique du Tibet. Même si
nous n’avions pas de contact à ce moment avec la RPC – qui se trouvait
alors en pleine Révolution culturelle – nous avions déjà admis que, tôt
ou tard, nous devrions résoudre la question du Tibet par voie de
négociations. Nous avons également reconnu que, du moins en ce qui
concerne la modernisation et le développement économique, il serait
grandement bénéfique au Tibet de demeurer au sein de la RPC. Bien que le
Tibet possède un héritage culturel riche et ancien, il est peu développé
sur le plan matériel.
Situé sur le toit du monde, le Tibet donne
naissance aux plus grands fleuves d’Asie. C’est pourquoi la protection
de l’environnement revêt une importance primordiale sur le Plateau
tibétain. Notre préoccupation essentielle étant de sauvegarder la
culture bouddhique tibétaine – enracinée dans les valeurs de la
compassion universelle – tout comme la langue tibétaine et l’identité
tibétaine unique, nous avons ardemment travaillé à l’obtention d’une
véritable autonomie pour l’ensemble des Tibétains. La constitution de la
RPC stipule que les ethnies, comme les Tibétains, jouissent de ce
droit.
En 1979, le dirigeant suprême de la Chine à
cette époque, Deng Xiaoping, a assuré mon émissaire personnel que
"hormis l’indépendance du Tibet", toutes les autres questions pouvaient
être négociées. Comme nous avions déjà formulé notre approche consistant
à rechercher une solution de la question tibétaine dans le cadre de la
constitution de la RPC, nous nous trouvions en bonne position pour
saisir cette nouvelle occasion. Mes envoyés ont rencontré à plusieurs
reprises des représentants de la RPC. Depuis que nous avons renoué
contact en 2002, il y a eu six rondes de discussions. Cependant, nous
n’avons abouti à absolument aucun résultat concret sur la question
fondamentale. Néanmoins, comme je l’ai déclaré à plusieurs reprises, je
demeure fermement attaché à la Voie du milieu et je réaffirme être prêt
à poursuivre le dialogue.
Cette année, le peuple chinois attend avec
fierté et impatience l’ouverture des Jeux olympiques. J’ai toujours
soutenu l’idée que Beijing puisse accueillir les jeux. Ma position n’a
pas changé. La Chine a la plus importante population du monde, une
longue histoire et une civilisation extrêmement riche. Aujourd’hui,
compte tenu de son impressionnant essor économique, elle émerge comme
grande puissance. Il faut certainement s’en réjouir. Mais la Chine doit
aussi gagner le respect et l’estime de la communauté internationale en
bâtissant une société ouverte et harmonieuse, fondée sur les principes
de la transparence, de la liberté et de la primauté du droit. Or,
jusqu’à ce jour, les victimes de la tragédie de la place de Tiananmen,
qui a bouleversé la vie de tant de citoyens chinois, n’ont reçu ni juste
réparation ni réponse officielle. De même, lorsque des milliers de
Chinois ordinaires des zones rurales subissent des injustices perpétrées
par des fonctionnaires locaux corrompus qui les exploitent, leurs
plaintes légitimes sont jetées aux oubliettes ou suscitent de violentes
réactions. J’exprime ces préoccupations en tant que votre semblable,
également prêt à se considérer comme membre de cette grande famille
qu’est la République populaire de Chine. A cet égard, j’apprécie et
soutiens la politique du président Hu Jintao visant à créer une "société
harmonieuse" mais cette société ne peut s’édifier que sur la base d’une
confiance mutuelle et dans un climat de liberté, dont la liberté
d’expression et la primauté du droit. Je crois fermement que l’adoption
de ces valeurs permettra de résoudre beaucoup de problèmes importants
liés aux minorités, comme la question du Tibet, ainsi que celle du
Turkestan oriental et de la Mongolie intérieure, où les autochtones ne
constituent plus que 20% d’une population totale de 24
millions.
J’espérais que la déclaration récente du
président Hu Jintao selon laquelle la stabilité et la sécurité du Tibet
concernent la stabilité et la sécurité du pays annoncerait l’avènement
d’une ère nouvelle pour le règlement du problème du Tibet.
Malheureusement, en dépit des efforts sincères que j’ai déployés pour ne
pas séparer le Tibet de la Chine, les dirigeants de la République
populaire de Chine m’accusent d’être un "séparatiste". De même, lorsque
des Tibétains, à Lhassa et dans de nombreuses autres régions, ont
protesté de manière spontanée pour exprimer un ressentiment profondément
ancré, les autorités chinoises m’ont immédiatement accusé d’avoir
orchestré ces manifestations. J’ai demandé que cette allégation fasse
l’objet d’une enquête minutieuse, menée par un organe
respecté.
Sœurs et frères chinois – où que vous soyez –
c’est empreint d’une grande inquiétude que j’en appelle à vous pour que
nous puissions dissiper les malentendus entre nos deux communautés. J’en
appelle aussi à vous pour que vous nous aidiez à trouver une solution
pacifique et durable au problème du Tibet par le dialogue, dans un
esprit de compréhension et de conciliation.
Mes prières vous accompagnent.
Tenzin Gyatso, Dalaï Lama
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49e
anniversaire du soulèvement du peuple tibétain
Le 10 mars 2008
A l’occasion du 49ème
anniversaire du soulèvement pacifique du peuple tibétain à Lhassa le 10 mars
1959, j’offre mes prières et je rends hommage à tout ces braves hommes et femmes
du Tibet qui ont enduré d’incalculables épreuves et sacrifié leurs vies pour la
cause du peuple tibétain. J’exprime ma solidarité avec les Tibétains qui
subissent actuellement la répression et les mauvais traitements. Je salue
également les Tibétains dans et en-dehors du Tibet, les supporters de la cause
tibétaine et tout ceux qui défendent la justice.
Pendant six décennies, les
Tibétains dans l’ensemble du Tibet connu sous le nom de Tcheulkha-Soum (
U-Tsang, Kham et Amdo ) ont dû vivre dans un état de peur constante,
d’intimidation et de suspicion sous la répression chinoise. Néanmoins, en plus
de maintenir sa foi religieuse, un certain nationalisme et sa culture unique, le
peuple tibétain a été capable de garder vivante son aspiration première pour la
liberté. J’ai une grande admiration pour toutes ces qualités du peuple tibétain
et son indomptable courage. Je suis très fier et satisfait de
lui.
Plusieurs gouvernements,
organisations non-gouvernementales et individus autour du monde, fidèles à leur
foi dans la paix et la justice, ont soutenu avec constance la cause du
Tibet. Particulièrement durant cette dernière année, des gouvernements et des
peuples de plusieurs pays ont accompli des gestes importants, gestes qui
expriment clairement leur soutien. Je voudrais exprimer ma gratitude à chacun
d’entre eux.
Le problème du Tibet est très
compliqué. Il est intrinsèquement lié à d’autres : la politique, la nature de la
société, la loi, les droits de l’homme, la religion, la culture, l’identité du
peuple, l’économie et l’état de l’environnement naturel. En conséquence, une
approche d’ensemble doit être adoptée pour résoudre ce problème en prenant en
compte les intérêts de toutes les parties impliquées plutôt que ceux d’une
seule. C’est pourquoi nous avons été ferme dans notre engagement pour une
politique de bénéfice mutuel, l’approche de la Voie Médiane, et nous avons fait
des efforts sincères et persistants pour la mettre en œuvre depuis plusieurs
années. Depuis 2002, mes envoyés ont conduit six sessions de discussions avec
les responsables concernés de la République Populaire de Chine pour aborder des
problèmes importants. Ces discussions étendues ont aidé à apaiser certains de
leurs doutes et nous a permis de leur expliquer nos aspirations. Cependant, sur
le problème fondamental, il n’y a eu aucun résultat concret. Et durant ces
dernières années, le Tibet a connu une augmentation de la répression et de la
brutalité. Malgré ces événements malheureux, ma détermination et mon engagement
à poursuivre la politique de la Voie Médiane et à continuer notre dialogue avec
le gouvernement chinois demeurent inchangés.
Un souci majeur de la République
populaire de Chine est son manque de légitimité au Tibet. La meilleure méthode
que pourrait employer le gouvernement chinois pour donner du poids à sa position
est de poursuivre une politique qui satisfasse le peuple tibétain et gagne sa
confiance. Si nous sommes capables de nous réconcilier en suivant une voie
d’accord mutuel, alors, ainsi que je l’ai déclaré plusieurs fois, je ferai tout
les efforts pour gagner le soutien du peuple tibétain.
Au Tibet actuellement, en raison
des nombreuses actions conduites sans aucune prévoyance par le gouvernement
chinois, l’environnement naturel a été sévèrement endommagé. D’autre part, en
conséquence de leur politique de transfert de population, la population
non-tibétaine a augmenté plusieurs fois, réduisant les Tibétains de souche à une
insignifiante minorité dans leur propre pays. De plus, la langue, les coutumes
et les traditions du Tibet, qui reflètent la vraie nature et l’identité du
peuple tibétain, sont graduellement en train de disparaître. En conséquence, les
Tibétains sont de plus en plus assimilés à une population chinoise plus
nombreuse. Au Tibet, la répression continue à s’exercer avec des violations
nombreuses, inimaginables et flagrantes des droits de l’homme, le déni de la
liberté religieuse et la politisation des problèmes religieux. Tout cela est le
résultat du manque de respect du gouvernement chinois pour le peuple tibétain.
Ce sont des obstacles majeurs que le gouvernement chinois met délibérément en
travers de sa politique d’union des nationalités. Ces obstacles séparent le
peuple tibétain du peuple chinois. C’est pourquoi j’appelle le gouvernement
chinois à mettre immédiatement un terme à une telle
politique.
Bien que les zones habitées par
une population tibétaine soient connues sous les noms de régions autonomes,
préfectures autonomes et comtés autonomes, elles n’ont d’autonomes que le nom ;
elles n’ont pas de réelles autonomie actuellement. Au lieu de cela, elles sont
gouvernées par des gens ignorants de la situation régionale et conduits par ce
que Mao Tsétoung appelait « le chauvinisme Han ». De ce fait, cette soi-disant
autonomie n’a pas donné aux nationalités concernées de bénéfices tangibles.
Ces politiques erronées, qui ne sont pas en accord avec la réalité,
causent d’énormes dégâts non seulement aux différentes nationalités mais aussi à
l’unité et à la stabilité de la nation chinoise. Il est important pour le
gouvernement chinois, comme l’a conseillé Deng Xiaoping, de « rechercher la
vérité à partir des faits » dans le sens réel du terme.
Le gouvernement chinois me
critique sévèrement quand je soulève la question du bien-être du peuple
tibétain devant la communauté internationale. Jusqu’à ce que nous réussissions à
trouver une solution qui nous soit mutuellement bénéfique, j’ai la
responsabilité morale et historique de continuer de parler librement au nom des
Tibétains. Quoi qu’il en soit, tout le monde sait que je suis en semi-retraite
depuis que la direction politique de la diaspora tibétaine a été directement
élue par la population .
La Chine se développe et devient
un puissant pays grâce à ses grands progrès économiques. Nous accueillons cela
avec un esprit positif , d’autant que cela donne également à la Chine une
occasion de jouer un rôle important sur le plan global. Le monde attend avec
impatience de voir comment la direction chinoise actuelle va mettre en place les
concepts de "société harmonieuse" et de "croissance pacifique" qu’elle avance.
En ce domaine, le progrès économique seul ne suffira pas. Il doit y avoir des
améliorations dans l’observation de l’état de droit, dans la transparence, dans
le droit à l’information ainsi que dans la liberté d’expression. Comme la Chine
est un pays composé de plusieurs nationalités, toutes doivent jouir de l’égalité
et la liberté afin de protéger leurs identités respectives. C’est une condition
à la stabilité du pays.
Le 6 mars 2008, le Président Hu
Jintao a déclaré : « La stabilité au Tibet concerne la stabilité du pays et la
sécurité du Tibet concerne la sécurité du pays. » Il a ajouté que le
gouvernement chinois doit assurer le bien-être des Tibétains, améliorer son
action en direction des groupes religieux et ethniques, et maintenir l’harmonie
sociale et la stabilité. La déclaration du Président Hu est conforme à la
réalité et nous attendons sa mise en œuvre.
Cette année, le peuple chinois
attend avec fierté et impatience l’ouverture des Jeux Olympiques. J’ai, depuis
le début, soutenu l’idée que la Chine devrait avoir l’occasion de recevoir les
Jeux Olympiques. Comme de tels événements sportifs internationaux, et
spécialement les Jeux, mettent en avant les principes de liberté d’expression,
d’égalité et d’amitié, la Chine devrait prouver la qualité de son accueil en
accordant ces libertés. C’est pourquoi, en envoyant ses athlètes, la communauté
internationale devrait rappeler ces devoirs à la Chine. J’ai appris que
plusieurs parlements, individus et organisations non-gouvernementales autour du
monde ont pris de nombreuses initiatives en faisant valoir la chance que
constituait pour la Chine cette occasion de changer de manière positive.
J’admire leur sincérité. Je voudrais déclarer avec force qu’il sera très
important d’observer la période suivant la fin des Jeux. Les Jeux Olympiques
vont sans doute grandement impressionner les esprits au sein du peuple chinois.
Le monde doit donc rechercher les moyens d’agir avec énergie en faveur de
changements positifs en Chine, même après la fin des Jeux.
Je voudrais saisir cette
occasion pour exprimer ma fierté et mon approbation pour la sincérité, le
courage et la détermination dont fait preuve le peuple tibétain au Tibet. Je
l’encourage vivement à continuer à travailler pacifiquement et en respectant la
loi pour permettre à toutes les minorités nationales de la République populaire
de Chine, y compris le peuple tibétain, de jouir de leurs droits
légitimes.
Je voudrais également remercier
le gouvernement et le peuple de l’Inde, en particulier, pour son soutien continu
et sans égal aux réfugiés tibétains et à la cause du Tibet, ainsi qu’exprimer ma
gratitude à tout les gouvernements et les peuples pour leur soutien continu à la
cause tibétaine.
Avec mes prières pour le
bien-être de tous les êtres.
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