Le Dalaï-Lama, le 10 mars 2009 à Dharamsala
@AFP/Manan Vatsyayana
 
 
Message de Sa Sainteté le Dalaï Lama à l'occasion
du 51e anniversaire du soulèvement national tibétain

C'est aujourd'hui le 51e anniversaire du soulèvement pacifique tibétain de 1959 contre la répression communiste chinoise au Tibet, et le deuxième anniversaire des manifestations pacifiques qui ont éclaté au Tibet en mars 2008. À cette occasion, je rends hommage aux héros tibétains et aux héroïnes tibétaines qui ont donné leur vie à la cause du Tibet et je prie pour une fin rapide des souffrances infligées à ceux qui sont toujours opprimés au Tibet.

Malgré les grands épreuves rencontrées depuis des décennies, les Tibétains ont réussi à maintenir leur courage et leur détermination, à préserver leur culture de la compassion et l'unicité de leur identité. Qu'une nouvelle génération de Tibétains continue aujourd'hui d'entretenir la juste cause du Tibet est une source d'inspiration. Je salue le courage de tous ces Tibétains qui sont livrés à la peur et à l'oppression.

Quelle que soit notre situation, il est du devoir de chaque Tibétain de préserver l'égalité, l'harmonie et l'unité parmi les diverses ethnies, tout en continuant de protéger notre culture et notre identité uniques. Beaucoup de Tibétains des zones tibétaines occupent divers postes à responsabilité au sein du parti, du gouvernement et de l'armée, aidant les Tibétains comme ils le peuvent. Nous reconnaissons la contribution positive que beaucoup d'entre eux ont ainsi fournie jusqu'à présent et à l'avenir, quand le Tibet atteindra une autonomie significative, ceux-ci devront poursuivre ces responsabilités.

Je le répète, dès que la question du Tibet sera résolue, je n'assumerai pas de rôle politique personnel au sein du gouvernement du Tibet et les membres de l'administration en exil non plus. J'ai clarifié ce point précis à plusieurs reprises par le passé. J'invite les fonctionnaires tibétains des différentes zones autonomes tibétaines à rendre visite aux Tibétains établis dans le monde libre, de manière officielle ou privée, dans le souci d'une bonne compréhension des aspirations de la diaspora tibétaine et d'observer par eux-mêmes la situation.

Où que les exilés tibétains se soient établis, nous avons réussi à préserver et à promouvoir notre culture singulière et nos traditions spirituelles tout en œuvrant à une prise de conscience à la cause tibétaine. Contrairement aux autres réfugiés, nous avons rencontré un certain succès car nous avons pu fournir une éducation moderne à nos enfants tout en les élevant dans le respect de nos valeurs traditionnelles. Du fait que les directeurs de nos quatre grandes écoles de bouddhisme tibétain et de religion bon sont en exil, nous avons pu ouvrir ailleurs diverses institutions dispensant enseignement et pratique religieux. Plus de dix mille moines et nonnes ont la liberté de suivre leur vocation dans ces centres. Nous sommes arrivés à offrir des opportunités à ces moines, ces nonnes et ces étudiants qui continuent d'arriver du Tibet. Parallèlement, le fait sans précédent que le bouddhisme tibétain se répande en Orient et en Occident et la perspective qu'il continue de fleurir dans le futur nous donne l'espoir qu'il survive. C'est pour nous un réconfort alors que nous traversons la période la plus critique de l'histoire du Tibet.

Aujourd'hui, les autorités chinoises mènent diverses campagnes politiques, dont la campagne de rééducation patriotique, dans beaucoup de monastères à travers le Tibet. Elles placent moines et nonnes tibétains dans des conditions semblables à la détention carcérale, les privant ainsi de la possibilité d'étudier et de pratiquer en paix. Ces conditions assimilent les monastères à des musées et visent à annihiler le bouddhisme tibétain.

La culture tibétaine est fondée sur les valeurs bouddhiques de compassion et de non-violence qui apportent non seulement aux Tibétains mais aux peuples à travers le monde en général, ce qui englobe les Chinois. Par conséquent, nous, les Tibétains, ne devons pas placer nos espoirs uniquement dans les progrès matériels ; c'est pourquoi il est essentiel que tous les Tibétains élargissent leur champ d'éducation en alliant l'éducation traditionnelle à l'éducation moderne. Et surtout, que le plus de jeunes Tibétains possible se spécialisent et deviennent experts dans des domaines professionnels précis.

Il est très important que les Tibétains entretiennent des relations amicales avec toutes les nationalités, mais également entre eux. Les Tibétains ne doivent pas se laisser aller à des brouilles pour des motifs secondaires. J'en appelle sincèrement à tous pour que ces querelles soient résolues avec patience et compréhension.

Que le gouvernement chinois le reconnaisse ou non, le Tibet connaît un problème de taille. Le monde en a conscience et preuve en est qu'un énorme dispositif militaire y est stationné et que d'importantes restrictions de circulation sont en vigueur au Tibet. C'est une mauvaise période pour les deux parties. Chaque chance de résoudre le problème doit être saisie. Depuis plus de 30 ans, je fais de mon mieux pour engager le dialogue avec la République Populaire de Chine pour résoudre la question tibétaine, grâce à l'approche de la " Voie Médiane ", qui profitera aux deux peuples.
 
Malgré le fait que j'aie clairement articulé les aspirations tibétaines dans le cadre constitutionnel de la République Populaire de Chine et dans celui des lois sur l'autonomie nationale régionale, nous ne sommes pas encore parvenus à un résultat concret. À en juger par l'attitude de l'actuel gouvernement chinois, il est permis de douter qu'un tel résultat soit atteint dans un avenir proche. Néanmoins, notre volonté de poursuivre le dialogue demeure inchangée.

Que notre approche par la " Voie Médiane ", bénéfique aux deux parties, et la légitimité de la lutte du peuple tibétain soient de plus en plus comprises et aient gagné le soutien d'une multitude de dirigeants spirituels et politiques, comme le Président des États-Unis d'Amérique, de prestigieuses organisations non-gouvernementales, de la communauté internationale, et tout particulièrement d'intellectuels chinois, au fil des ans, est une source de fierté et de satisfaction. Il est évident que la question tibétaine n'est pas seulement un différend entre Chinois et Tibétains mais résulte des politiques des politiques de l'ultra-gauche des autorités communistes chinoises.

Depuis le soulèvement au Tibet de 2008, des intellectuels chinois en Chine et au dehors ont rédigé plus de 800 articles impartiaux sur la question tibétaine. Au cours de mes déplacements à l'étranger, où que j'aille, lorsque je rencontre des Chinois en général, et notamment des intellectuels et des étudiants, ils me témoignent de leur sympathie et de leur soutien sincères.
 
Puisque le problème du Tibet doit être résolu par nos deux peuples, j'essaye de tendre la main aux Chinois chaque fois que je le peux, afin que la compréhension s'instaure entre nous. Il est donc important que, partout, les Tibétains tissent des liens étroits avec les Chinois et qu'ils leur fassent connaître la véracité de la cause tibétaine et de la situation actuelle au Tibet.

Rappelons-nous de la population du Turkestan Oriental qui a rencontré de grandes difficultés et une oppression accrue de la part des Chinois, ainsi que des intellectuels chinois qui ont fait campagne pour une plus grande liberté et qui ont été condamnés à de lourdes peines. Je souhaite leur adresser toute ma solidarité et je suis à leurs côtés.

Il est tout aussi essentiel que les 1,3 milliard de Chinois aient un accès libre à l'information concernant leur propre pays et au-delà, de même qu'ils jouissent de la liberté d'expression et de l'État de droit. Si la Chine était dotée de davantage de transparence, la confiance serait plus importante, ce qui constituerait une base adéquate pour la promotion de l'harmonie, de la stabilité et du progrès. C'est pourquoi tous ceux qui sont concernés doivent fournir leurs efforts dans ce sens.

En tant que porte-parole libre du peuple tibétain, je n'ai cessé d'énoncer les aspirations fondamentales de celui-ci aux dirigeants de la République Populaire de Chine. Leur absence de réponse positive est une déception. Bien que les autorités actuelles se raccrochent à leur position intransigeante, à en juger par les changements politiques qui se déroulent sur la scène internationale ainsi que du point de vue du peuple chinois, le moment viendra pour que la vérité l'emporte enfin. Il est donc important que chacun soit patient et poursuive ses efforts.

Nous prenons acte de la décision du gouvernement central, prise lors du Ve Forum de Travail sur le Tibet, d'appliquer ses politiques uniformément dans toutes les zones tibétaines pour s'assurer d'un développement et d'un progrès futurs, ce que le Premier Ministre Wen Jiabao a réitéré lors de la récente session annuelle du Congrès national populaire. Cela s'accorde avec notre souhait répété d'une administration unique pour toutes les zones tibétaines. De même, nous apprécions l'évolution qui a eu lieu dans les zones tibétaines, et dans les régions peuplées de nomades et de paysans en particulier. Nous devons toutefois rester vigilants à ce que ces progrès n'endommagent pas notre précieuse culture, notre langue et l'environnement naturel du plateau tibétain auquel le bien-être de toute l'Asie est lié.

Je saisis cette occasion pour adresser mes remerciements les plus sincères aux dirigeants de multiples nations, à leurs intellectuels, à l'opinion publique, aux groupes de soutien au Tibet et aux autres, amoureux de la vérité et de la justice, pour continuer d'apporter leur soutien à la cause tibétaine malgré les pressions et le harcèlement exercés par le gouvernement chinois. J'adresse par dessus tout ma plus profonde gratitude au gouvernement indien aux différents États indiens et aux peuples de l'Inde pour leur soutien généreux et constant.

Pour terminer, j'adresse mes prières au bonheur et au bien-être de tous les êtres vivants.
 
Sa Sainteté le Dalaï Lama
Le 10 mars 2010
 
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NB : Le présent document a été traduit d'après un original publié en tibétain. En cas de différence de sens entre les deux, veuillez considérer la version en tibétain comme primant et finale sur toute autre.
Traduction française d'Alexandre Huillet pour le Bureau du Tibet, Bruxelles.
www.tibet.net ( english, tibétain…)
www.tibet-info.net  ( français)

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Le dalaï-lama, le 10 mars 2008 à Dharamsala.
AFP/MANAN VATSYAYANA
 

Plaidoyer pour la " voie du milieu "
 
Le Monde - 9/04/2008
 
Depuis le 10 mars, nous assistons à des manifestations et à des protestations dans presque toutes les régions du Tibet, et même à des mouvements d'étudiants dans certaines agglomérations chinoises. Ces explosions de colère sont le résultat de l'angoisse mentale et physique des Tibétains depuis trop longtemps refoulée et du profond ressentiment qu'ils éprouvent face à la négation des droits du peuple tibétain, l'absence de liberté religieuse et la distorsion systématique de la vérité de la part des autorités chinoises.
 
Je suis attristé et préoccupé que l'on utilise des armes pour réprimer les manifestations pacifiques du peuple tibétain, occasionnant de nombreux morts, blessés et arrestations. Aussi tragiques que regrettables, cette répression et ces souffrances ne peuvent qu'arracher des larmes de compassion à toute personne sensible. Je me sens toutefois impuissant face à ces tragiques incidents. Je prie pour tous les Tibétains, mais aussi pour tous les Chinois qui ont perdu la vie dans la crise actuelle.
 
Les protestations récentes dans l'ensemble du Tibet contredisent la propagande de la République populaire de Chine selon laquelle, hormis une poignée de "réactionnaires", la majorité des Tibétains jouissent d'une existence prospère et satisfaisante. Ces protestations ont montré à l'évidence que les Tibétains des trois provinces du Tibet – l'U-Tsang, le Kham et l'Amdo – entretiennent les mêmes aspirations et les mêmes espoirs. Ces protestations ont également fait savoir au monde entier que le problème du Tibet ne peut plus longtemps être ignoré.
 
Elles montrent qu'il faut trouver un moyen de régler le problème en "parvenant à la vérité à partir des faits". Il convient de souligner la bravoure et la détermination des Tibétains qui ont, dans l'intérêt de leur peuple et au risque de leur vie, fait part de leur profonde angoisse et exprimé leurs espoirs. La communauté mondiale a d'ailleurs reconnu et soutenu leur action courageuse.
 
J'apprécie l'attitude de nombreux fonctionnaires et cadres tibétains du Parti communiste qui, sans perdre leur identité tibétaine, ont fait preuve de cran et de droiture au cours de la crise actuelle. A l'avenir, j'en appellerai à ces cadres et fonctionnaires tibétains du parti afin qu'au lieu de poursuivre leur intérêt personnel, ils œuvrent à préserver l'intérêt général du Tibet en transmettant à leurs supérieurs dans le parti les véritables sentiments du peuple tibétain et en s'efforçant de le diriger de manière objective.
 
Des présidents, premiers ministres, ministres des affaires étrangères, lauréats du prix Nobel, parlementaires et citoyens concernés du monde entier adressent aujourd'hui aux autorités chinoises des messages clairs et forts afin qu'elles mettent un terme à la brutale répression qu'elles exercent à l'encontre du peuple tibétain. Tous cherchent à convaincre le gouvernement chinois d'emprunter une voie par laquelle une solution mutuellement satisfaisante puisse être trouvée.

 
Tenir à notre pratique
de la non-violence 
 
Nous devons créer les conditions permettant à leurs efforts de déboucher sur des résultats positifs. Je sais que l'on vous provoque par tous les moyens, mais il est important de nous en tenir à notre pratique de la non-violence.
 
Les autorités chinoises ont lancé des allégations mensongères à mon égard, m'accusant d'avoir provoqué et orchestré les récents événements. Ces allégations sont infondées. J'ai appelé à plusieurs reprises à la constitution d'un organisme international indépendant et reconnu afin qu'une enquête minutieuse soit menée sur cette question. Je suis persuadé qu'un tel organisme indépendant saura faire surgir la vérité. Si la République populaire de Chine dispose du moindre élément ou de la moindre preuve susceptible d'étayer ses affirmations, elle doit les présenter au monde. Se contenter d'allégations ne suffit pas.
 
En ce qui concerne l'avenir du Tibet, je suis déterminé à rechercher une solution dans le cadre de la Chine. Depuis 1974, je suis resté sincèrement attaché à l'approche de la "voie du milieu", la seule susceptible de nous être mutuellement bénéfique. Le monde entier le sait. La "voie du milieu" consiste en ce que les Tibétains soient gouvernés par une administration qui jouisse d'une authentique autonomie régionale nationale avec toutes les garanties afférentes, c'est-à-dire l'autoadministration et la pleine capacité de décision, sauf en ce qui concerne les questions touchant aux relations avec l'étranger et à la défense nationale. J'ai toutefois toujours affirmé que ce sont les Tibétains vivant au Tibet qui, en dernier ressort, auront le droit de décider de l'avenir du Tibet.
 
L'accueil des Jeux olympiques cette année est l'objet d'une grande fierté pour le 1,2 milliard de Chinois. J'ai, depuis le début, approuvé l'organisation de ces Jeux à Pékin. Ma position sur cette question demeure inchangée. Je pense que les Tibétains ne devraient en rien entraver le déroulement des Jeux. Il est légitime que les Tibétains luttent pour leurs droits et leurs libertés mais, d'un autre côté, il serait vain et inutile de faire quelque chose qui suscite la haine dans l'esprit des Chinois. Au contraire, nous devons renforcer la confiance et le respect dans nos cœurs afin de créer une société harmonieuse, car nous n'y parviendrons pas par la force et l'intimidation.
 
Le combat que nous menons est dirigé contre quelques individus au sein du gouvernement chinois, et non contre le peuple chinois. Aussi, nous devons nous efforcer de ne jamais susciter de malentendus ni faire quoi que ce soit qui puisse heurter le peuple chinois. Même dans cette situation difficile, beaucoup d'intellectuels, d'écrivains, de juristes chinois vivant en Chine ou dans d'autres régions du monde ont sympathisé avec notre cause et nous ont fait part de leur solidarité en publiant des déclarations, en écrivant des articles et en nous exprimant un soutien qui nous va droit au cœur.
 
Si la situation actuelle au Tibet devait perdurer, je crains beaucoup que le gouvernement chinois ne décide d'employer une force encore plus brutale et d'accentuer la répression à l'encontre du peuple tibétain. En raison de mes obligations morales et de ma responsabilité à l'égard du peuple tibétain, j'ai demandé à de multiples reprises à la Chine de mettre un terme à la répression dans toutes les régions du Tibet et d'en retirer ses forces armées et sa police. Si mes démarches devaient donner des résultats, je conseillerais également aux Tibétains d'arrêter toutes les manifestations.
 
Je voudrais exhorter mes amis tibétains, qui vivent dans la liberté en dehors du Tibet, à être très attentifs à la manière dont ils expriment ce qu'ils ressentent sur les événements en cours au Tibet. Nous ne devons nous engager dans aucune action qui puisse, de près ou de loin, être interprétée comme une action violente. Même face aux provocations les plus manifestes, nous ne devons pas laisser compromettre les précieuses valeurs auxquelles nous sommes attachés. Je suis convaincu que nous l'emporterons en continuant de suivre la voie de la non-violence. Nous devons avoir l'intelligence de comprendre ce qui nous vaut l'amitié et le soutien sans précédent dont nous bénéficions.
 
Du fait que le Tibet est pour l'instant presque hermétiquement clos, et qu'aucun organe d'information international n'y est autorisé, je doute que mon message parvienne aux Tibétains qui y vivent, mais j'espère que, grâce aux médias et au bouche-à-oreille, une majorité d'entre vous en prendra connaissance.
 
Traduit de l'anglais par Gilles Berton © The Office of His Holiness the Dalaï-Lama

 
 

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